Le Currency board : les contraintes de financement et d'ajustement de la convertibilité intégrale
Author :
Centre national de la recherche scientifique, Laboratoire d'analyse et de techniques économiques Ponsot, Jean-François
Abstract :
(FRE) La communication a pour objet Vévaluation des trajectoires suivies par les économies qui ont adopté récemment un régime de Currency Board. Après avoir identifié les motivations de ce choix et différencié les contextes de mise en application de cet arrangement monétaire institutionnel singulier, les implications de ce dernier sur le système financier et Véconomie réelle sont mises en lumière. Outre une contrainte de liquidité exacerbée qu'elle fait peser sur le système bancaire confronté à Vabsence de prêteur en dernier ressort, l'automaticité de rémission de monnaie centrale limite tout activisme budgétaire. Les règles du Currency Board rétablissent certes la stabilité monétaire ; mais dans un contexte où les marchés nationaux de capitaux restent peu développés, elles instaurent les bases d'une croissance fragile, en rendant la dynamique de financement de la production largement tributaire de la capacité de Véconomie nationale à dégager des entrées nettes de monnaie de réserve. Le cas bulgare montre que lorsque la condition n'est pas
remplie le Currency Board tend à conduire à la stagnation. Dans le cas contraire, le taux de croissance p eu t être élevé et accélérer le processus « d'émergence » ou de « rattrapage », mais le régime de croissance révèle une instabilité chronique. L'ajustement par le taux de change étant rendu caduc par la relation de parité fixe, et l'action de l'autorité monétaire sur les taux d'intérêt étant exclue, les entreprises et le marché du travail doivent absorber les chocs exogènes dans leur totalité : la stabilité monétaire qu'impose le Currency Board nécessite la flexibilité de l'économie réelle. Les exemples argentin et estonien, qui mêlent à la fois croissance (instable) et chômage
élevé, montrent que dans un environnement international marqué par l'instabilité, les coûts de cet ajustement peuvent devenir élevés. Pour limiter leurs effets, certains ont cherché développer des formes originales de prêt en dernier ressort et à réintroduire Une certaine dose de pouvoir discrétionnaire, quitte à dénaturer les règles de l'arrangement monétaire et à remettre en question l'effet-crédibilité qu'il est censé apporter. (ENG) The paper scrutinizes the consequences of the adoption of a currency board arrangement (CBA) by some emerging economies during the 1990s. Considering the justifications o f this choice and the different setting-up contexts, it focuses on the implications of a CBA on the financial system and
the real economy. A high degree of liquidity of the banking system is required in the absence of a lender-of-last-resort, and the automatic money supply process strictly disciplines the fiscal policy. Monetary stability is restored; but in most o f these economies where capital markets are underdeveloped, CBA's rules make the domestic credit supply dependent on the ability o f the
economy to maintain over the time net flows o f the reserve currency, and so set up a precarious growth dynamics. When it is not so (Bulgaria), CBA brings about stagnation. When this is the case, the growth rate can be high but not regular in the medium term. Indeed CBA prevents the use of an exchange rate change and precludes the active u se of monetary policy (interest rates setting) to stabilize the domestic economy. So, the adjustment rests on the ability of the real sector and o f the labour market to absorb exogenous shocks. High unemployment persistence in Argentina and in Estonia shows that the process can be costly and painful. To limit these negative effects, some forms of lender-of-last-resort functions and discretionary power are sometimes established, but these new arrangements alter currency board principles and weaken the monetary credibility.