La fécondité en France depuis 25 ans
Author :
Toulemon, Laurent
Haut conseil de la population et de la famille
Abstract :
Depuis 1945, la population de la France métropolitaine est passée, en gros, de 40 à 60 millions d'habitants, soit un accroissement de moitié. La France a connu sur le dernier demi-siècle deux régimes démographiques bien distincts. De 1946 à 1973, une forte natalité et un solde migratoire important se sont traduits par une croissance annuelle moyenne de 9,4 pour 1000 par an, dont les deux tiers imputables au solde des naissances sur les décès. La fécondité avait commencé à baisser dès 1965, mais l'arrivée des générations nombreuses de l'immédiat après-guerre à l'âge de la maternité a compensé cette baisse jusqu'en 1973. Depuis 1975, la fécondité se situe à un niveau nettement plus bas, et le solde migratoire est beaucoup plus faible : la croissance a diminué de moitié, pour s'établir à 4,4 pour mille en moyenne annuelle. Le solde migratoire a davantage diminué que la croissance naturelle (différence entre le nombre de naissances et celui des décès) et cette dernière représente maintenant les trois quarts du solde total, à la différence de ce qui est observé chez nos voisins européens, dont la population croît principalement - et parfois uniquement - grâce aux migrations. Le nombre annuel de naissances, stable depuis 25 ans, pourrait rester stable à l'avenir. Pour les générations récentes, l'objectif de remplacement des générations est pratiquement atteint et, depuis 25 ans, la fécondité française correspond à la stationnarité de long terme de la population. Les femmes nées en 1948 ont eu 2,1 enfants, descendance qui s'est maintenue pour toutes les générations nées dans les années cinquante. Une diminution d'ampleur limitée pourrait être constatée pour les générations suivantes, et la descendance finale pourrait ne pas excéder 2 enfants pour les femmes nées après 1970. Mais l'apport des immigrantes compense ce léger déficit. Depuis le milieu des années soixante-dix, l'âge moyen à la maternité n'a cessé de croître, passant de 26,5 ans en 1976 à 29,7 ans en 2000. L'intervalle intergénérationnel s'est ainsi accru de plus d'un dixième. Il y a là un facteur de contraction démographique qui explique que le nombre annuel de naissances soit inférieur à l'effectif moyen des adultes en âge d'être parents. Les générations nombreuses du baby boom seront ainsi remplacées par des générations annuelles moins nombreuses, dont l'effectif correspond cependant à une situation d'équilibre des âges sur le long terme. À cet égard, les indicateurs conjoncturels de fécondité donnent une image déformée de la tendance de long terme. Du fait de la modification continue du calendrier de constitution des familles, la descendance finale des générations nées depuis la guerre s'avère supérieure à ce qui ressort de l'observation en données annuelles. Par exemple, les femmes nées en 1974, qui atteignent 28 ans en 2002, ont à cet âge un « acquis de descendance » supérieur à ce que laisse entendre la série des taux de fécondité observés en 2002, puisqu'elles ont été soumises chaque année avant 2002 à des taux plus élevés. De même, sur la suite de leur vie féconde, on peut escompter qu'elles mettront au monde plus d'enfants que ne le laisse supposer la même série de taux, puisque les taux qu'elles connaîtront devraient être supérieurs aux taux de l'année 2002. La deuxième tendance lourde qui se dégage est l'homogénéisation des comportements. Les familles nombreuses, celles de plus de trois enfants, se font de plus en plus rares. Alors que dans la génération 1930, il y a eu autant de mères de plus de 3 enfants que de mères de 2 enfants, les proportions sont dans un rapport de 1 à 4 dès la génération 1950. De même, pour le moment, les femmes sans enfant ou ne donnant naissance qu'à un seul enfant sont plutôt moins nombreuses que par le passé. Les disparités régionales, naguère très accusées, tendent à s'estomper. Les différences entre classes sociales s'atténuent elles aussi, les femmes d'agriculteurs et d'ouvriers ayant 2,4 enfants contre 2,1 dans les autres catégories. Cette convergence est observée également entre les filles d'immigrées et les filles dont les parents sont nés en France. L'observation des intentions des couples vient renforcer le diagnostic de stationnarité, fondé sur un nombre moyen de 2,1 enfants par femme. Interrogés en 1998, les 15-44 ans situent la descendance « idéale » à 2,6 enfants, et la descendance souhaitable pour eux-mêmes à 2,3 enfants. Encore une fraction de la population féminine, de l'ordre de 6%, n'a-t-elle jamais vécu en couple avant 50 ans, si bien que la fécondité des autres est en réalité d'environ 2,2. Ainsi, le nombre d'enfants effectif est finalement très proche du nombre d'enfants souhaité par ceux pour qui ce souhait a un sens. Au demeurant, les intentions de fécondité fluctuent au cours de la vie et la maîtrise de la fécondité n'est que partielle : certains couples ont moins d'enfants qu'ils ne le souhaitent, d'autres ont des naissances non prévues, d'autres encore voient une rupture conjugale ou une remise en couple remettre en cause leur projet.
Description :
72 pages, 3 pages et demie de références bibliographiques, graphiques
Date :
2003-01
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