Buisson, Marie-Andrée Cusset, Jean-Michel Etienne, Valérie Mignot, Dominique Association recherche transport et urbanisme Laboratoire d'économie des transports
Abstract :
Le système urbain montre une grande permanence et ne semble guère affecté par les évolutions économiques et sociales. Les grandes villes sont toujours les plus grandes et les positionnements respectifs des villes au sein d'une région et au sein du territoire national mettent toujours en évidence la hiérarchie urbaine (Damette, 1993). . Pourtant, depuis une cinquantaine d'années, la croissance économique et en particulier les progrès des moyens de communication ont modifié les localisations des hommes et des activités, ont accru la mobilité, développé l'urbanisation et entraîné des changements notables de notre structure urbaine. On assiste simultanément à la métropolisation, c'est-à-dire à la concentration des activités les plus dynamiques et des hommes les plus qualifiés dans les plus grandes villes, et à un certain déclin des petites villes et des zones rurales. La périurbanisation se développe autour de toutes les villes et sur des distances de plus en plus importantes remettant en question la distinction entre l'urbain et le rural. Face à ces évolutions, les régions, malgré les compétences dont elles ont été dotées depuis les lois de décentralisation, ne disposent pas des moyens de rééquilibrer les positionnements respectifs des différentes villes. Au sein de l'Europe, les comparaisons entre villes partenaires ou concurrentes soulignent la spécificité du système urbain français, caractérisé par l'hypertrophie de la région parisienne et la faiblesse des villes de second rang. Dans ce contexte, la DATAR a entrepris une réflexion prospective sur la France en 2010. Il s'agit non seulement de mettre en évidence les grandes évolutions économiques et sociales mais de préciser comment celles-ci se traduiront sur le territoire. Simultanément, un Débat National sur l'Aménagement du Territoire est lancé en France, afin de redéfinir la France de demain et d'opérer la "nécessaire solidarité entre les territoires". "La politique d'aménagement, de "reconquête" de notre territoire est ainsi au coeur de toutes nos interrogations. Il s'agit de dessiner la France de demain telle que nous la souhaitons et non plus telle que les contraintes de la compétition internationale nous l'imposent" (Balladur, 1994). Une enquête DELPHI, à partir des dire d'experts, peut éclairer ce dessin sur plusieurs points : Quels sont les niveaux urbains, villes et régions qui sont appelés le plus à se développer dans les 20 prochaines années ? Cette évolution probable est-elle vraiment souhaitée par les experts ? Alors qu'on pressent le rôle de certains facteurs démographiques, économiques et sociaux, quelle importance faut-il vraiment leur attribuer et quels sont leurs impacts prévisibles sur les localisations et sur les différents niveaux urbains du territoire national ? Enfin, comment les pouvoirs publics, Etat et autres collectivités territoriales peuvent- ils agir pour modifier les "évolutions naturelles", quels sont les moyens qui apparaissent à la fois les plus efficaces et les plus souhaitables et ce pour chacun des niveaux urbains, des métropoles aux petites villes ? Après une présentation de la méthodologie suivie tout au long de cette enquête, les différents points évoqués ci-dessus seront successivement présentés. On verra alors que les opinions exprimées par les experts sont fréquemment convergentes mais sont aussi sous- tendues par des logiques et des souhaits contradictoires. Il faudrait à la fois une forte croissance et une bonne qualité de vie, à la fois respecter le libre jeu du marché et intervenir pour corriger les déséquilibres sans pénaliser pour autant les intérêts particuliers. Si l'objectif à atteindre au nom de l'intérêt général et de la solidarité nationale fait l'objet d'un certain consensus, les meilleurs moyens d'y parvenir sont beaucoup plus délicats à définir.