Education pour la santé des jeunes : démarches et méthodes
Author :
Arwidson, Pierre
Bury, Jacques A.
Choquet, Marie
de Peretti, Christine
Deccache, Alain
Moquet-Anger, Marie-Laure
Paicheler, Geneviève
Institut national de la santé et de la recherche médicale
Abstract :
Selon le Traité de santé publique, il existe trois catégories d’éducation pour la santé : primaire,
secondaire, tertiaire. L’éducation primaire est toute action éducative visant à renforcer l’état de santé.
L’éducation secondaire consiste en des mesures éducatives visant à éviter l’accident de santé ou,
dans le cas où il est déjà intervenu, à restaurer le plus rapidement, un nouvel état de santé.
L’éducation tertiaire étant toute intervention éducative visant à faire « vivre au mieux » les séquelles
de l’accident. L’éducation à la santé intervient donc en amont et en aval de la maladie ou de l’accident
de santé.
L’éducation sanitaire trouve sa justification dans les données de santé publique qui soulignent
aujourd’hui l’importance des comportements comme facteurs explicatifs de la majorité des décès
considérés comme prématurés et évitables, particulièrement chez les jeunes. Il est généralement
admis que le coût de l’éducation est bien inférieur aux gains pouvant être réalisés. Ce coût est par
ailleurs dérisoire quand on le compare aux coûts d’autres secteurs de l’activité dans le système de
santé : en France, chaque année on consacre en moyenne par habitant : 10 F pour l’information et
l’éducation pour la santé, 250 F pour la médecine préventive et 11 000 F pour les soins.
L’éducation à la santé ne présente pas seulement des intérêts collectifs et économiques ; elle
présente assurément aussi un intérêt individuel et personnel. En effet, elle doit permettre à chacun de
développer ses capacités pour améliorer tant la longévité que la qualité de la vie et cela dans la vision
holistique de la définition de la santé retenue par l’OMS : « La santé est un état de complet bien-être
physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »
L’éducation à la santé n’est pas le monopole de l’État, elle concerne tous les acteurs du système de
santé, et ceux du système éducatif quand il s’agit des jeunes. Parce qu’elle est l’affaire de tous et
relève d’une mission d’intérêt général, non seulement elle est exécutée par une multitude d’acteurs
souvent ignorés les uns des autres, mais elle soulève des questions juridiques, éthiques et
économiques. Or, on constate aujourd’hui que, dans l’ensemble du dispositif législatif et
réglementaire, les quelques dispositions éparses mentionnant l’éducation à la santé offrent un cadre
d’activité mal structuré et mal délimité, ce qui ne sert pas sa crédibilité ni sa pertinence.
La démarche curative et la démarche préventive, sans se confondre, sont naturellement
complémentaires et les codes de déontologie des professions médicales et paramédicales ou les
textes réglementaires qui tiennent lieu de code font de l’éducation sanitaire une obligation
professionnelle. Par ailleurs, le Code de la santé publique contient des dispositions très explicites
conférant à l’ensemble des établissements de santé, publics comme privés, participant ou ne
participant pas au service public hospitalier, une mission d’éducation pour la santé en plus de sa
mission première curative. Certaines caisses d’assurance maladie, à partir de priorités définies par
leur conseil d’administration, ont créé depuis une dizaine d’années des services chargés d’éducation
et de promotion de la santé.
Le rôle des établissements scolaires a été reprécisé dans la loi d’orientation sur l’éducation de 1989
qui impulsait l’éducation à la santé en milieu scolaire, puis par un ensemble de dispositions prises en
1998 pour introduire l’éducation pour la santé dans les programmes des écoles primaires et des
collèges. De plus, au sein des établissements, les Comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté
ont reçu pour mission l’éducation pour la santé et l’organisation de la prévention des dépendances,
des conduites à risque et de la violence dans le cadre du projet d’établissement.
L’éducation pour la santé traditionnelle est l’ensemble des interventions éducatives qui visent à
apporter à l’individu des informations dans le domaine de la santé, et à l’inciter à adopter des attitudes
et des comportements favorables à sa santé. Plus récemment, l’éducation pour la santé s’est ouverte
aux aspects sociaux et environnementaux. Le concept de « promotion de la santé » formalisé en 1986 dans la Charte d’Ottawa, qui reste la référence mondiale, a élargi la démarche éducative, en mettant
en avant la responsabilité collective. Il ne s’agit plus seulement d’éduquer les individus mais de
favoriser les mobilisations et les changements collectifs en prenant en compte les déterminants
psychosociaux et sociétaux à l’origine des comportements et des attitudes défavorables à la santé. La
promotion de la santé inclut l’éducation pour la santé qui en reste une composante essentielle.
La question éthique de savoir si un changement, qu’il soit d’attitude ou de comportement, doit être
favorisé est centrale au débat sur l’éducation pour la santé. A priori, la volonté de changer les autres
pourrait être considérée comme éthique si l’individu ou le groupe est conscient de cette influence, si le
changement apporte un bénéfice à cet individu ou à ce groupe. La grande majorité des éducateurs
pour la santé répugnent à normaliser les comportements, à culpabiliser les personnes au sujet de leur
santé et à faire appel à la responsabilité individuelle comme unique moteur du changement. Au cours
d’un colloque sur l’éducation pour la santé et l’éthique qui s’est tenu en janvier 2000, les quatre
principes généraux utilisés en Amérique du Nord pour guider les interventions d’éducation pour la
santé ont été rappelés : le respect de la justice sociale, le respect de l’autonomie des personnes, la
nécessité de la bienfaisance du programme ou de l’intervention, la nécessité de la nonmalfaisance du
programme ou de l’intervention. En France, le débat sur la construction d’une éthique adaptée au
contexte national est ouvert.(...)
Description :
163 pages, graphiques, références bibliographiques disséminées
Subject :
Prévention; Promotion de la santé; Santé publique; Education sexuelle; Substances psychoactives
Date :
2001
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