Pour une politique nutritionnelle de santé publique en France
Author :
Hercberg, Serge
Tallec, Anne
Institut national de la santé et de la recherche médicale
Abstract :
Jusqu’à une période récente, les relations entre l’alimentation et la santé ont été
perçues au travers des grandes maladies de carence nutritionnelle. L’évidence de
cette relation reposait sur les grands tableaux cliniques qui accompagnaient les
famines et les déficits alimentaires majeurs, ou les carences spécifiques qui ont
émaillé l’histoire de l’humanité. Le manque de protéines était responsable des formes
cliniques évidentes du Kwashiorkor ; le manque d’énergie de celles du marasme ; les
carences en vitamine C du scorbut ; celles en vitamine B1, du béri-béri,…
Au cours des dernières décennies, en France comme dans l’ensemble des autres
pays industrialisés, une situation d’abondance s’est développée (excepté pendant la
durée des deux guerres mondiales), favorisant la disparition des grandes maladies de
carence encore présentes en Europe et en Amérique du Nord au début de ce siècle,
et toujours largement répandues dans les pays en voie de développement. C’est ainsi
que les aspects les plus évidents de la relation entre l’alimentation et la santé se sont
apparemment estompés dans les pays industrialisés, alors qu’ils demeurent
dramatiquement présents dans de nombreuses parties du monde.
Les enjeux de santé publique qui résultent des relations entre nutrition et santé et
auxquels doit faire face un pays comme la France, en cette fin du 20ème siècle sont
d’une tout autre nature : l’inadaptation des apports alimentaires ne peut en règle
générale être considérée comme la cause directe des maladies qui y sont aujourd’hui
les plus répandues, mais l’alimentation (et l’état nutritionnel qui en résulte) participe
de façon active au déterminisme de ces affections.
Le caractère multifactoriel de ces pathologies (cancers, maladies cardio-vasculaires,
ostéoporose, obésité,...), qui représentent un poids considérable en termes de santé
publique, est en effet parfaitement établi aujourd’hui. Des facteurs physiologiques,
génétiques et de nombreux facteurs d’environnement interviennent dans leur
initiation, leur développement ou leur expression clinique. Parmi les facteurs
d’environnement, l’alimentation est aujourd’hui considérée comme jouant un rôle
essentiel.
S'il est difficile de mesurer précisément le poids relatif des facteurs alimentaires dans
le déterminisme des maladies, de nombreux arguments suggèrent qu’il est important.
Ainsi, dans le cas des cancers, une analyse réalisée par Doll et Peto au début des
années 80 suggérait que l'alimentation contribuait pour 30 à 40 % des cancers chez
l’homme et pour 60 % des cancers chez la femme (Doll et Peto, 1981). Cette
estimation peut certes être discutée, mais ces chiffres permettent de prendre
conscience de la place importante des facteurs alimentaires dans le déterminisme
des maladies chroniques. Ce point est d’autant plus essentiel que l’alimentation est
un phénomène sur lequel les possibilités d'intervention existent en termes de santé
publique et de prévention.
Au cours des 30 dernières années se sont accumulés, au niveau international, de très
nombreux travaux scientifiques de type mécanistique, clinique et épidémiologique qui
ont permis d’identifier et de documenter un certain nombre de facteurs de risque et de
protection liés à la nutrition intervenant dans le déterminisme de diverses maladies
chroniques qui constituent aujourd’hui des problèmes majeurs de santé publique.
L’ensemble de ces recherches a permis d’aboutir aujourd’hui à de véritables
consensus internationaux sur l’implication de ces facteurs et sur la nécessité, selon
les cas, de chercher à les réduire ou de favoriser leur promotion.
Ce rapport dresse tout d’abord un état des lieux de la situation actuelle, en analysant
notamment :
les enjeux majeurs de santé publique que représentent les maladies chroniques dans
lesquelles sont impliqués les facteurs nutritionnels ; les spécificités des habitudes alimentaires et de l’état nutritionnel de la population
vivant en France ;
les déterminants de la consommation alimentaire (sans toutefois approfondir toutes
les dimensions comportementales), les preuves scientifiques concernant les relations
entre nutrition et santé. Puis sur la base de ce constat sont formulées des
recommandations pour la mise en place d’une politique nutritionnelle de santé
publique pour la France.
Ce rapport se limite aux aspects nutritionnels et n’intègre pas les aspects concernant
la sécurité alimentaire, notamment les problèmes microbiologiques et toxicologiques,
qui se situent hors du champ de la saisine ministérielle.
Description :
169 pages, graphiques, bibliographie page 152 à 168,
Subject :
Santé publique; Nutrition; Alimentation; Activité physique; Habitudes alimentaires; Choix alimentaires; Facteurs nutritionnels; Comportements alimentaires; ANC; Apports nutritionnels conseillés
Date :
2000-06
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