L'enseignement précoce de l'anglais à l'école primaire : évaluation
Author :
Cambra, Michèle Institut national de recherche pédagogique
Abstract :
Lorsque, en avril 1976, le Bureau de l'expérimentation pédagogique de la Direction des
Ecoles nous chargeait de l'« évaluation de l'apprentissage précoce de l'anglais en cycle
élémentaire », le terrain, tant au niveau pratique que théorique, n'était pas vierge.
En effet, dans le monde entier et principalement en Europe depuis une quinzaine d'années,
les pédagogues, soutenus initialement par les responsables de l'institution scolaire,
s'étaient lancés dans l'expérience avec un enthousiasme et une foi issus souvent de la
volonté de ne plus voir se renouveler cette formidable intolérance qui avait été fatale à
l'Europe pendant la seconde guerre mondiale. Les acteurs du système éducatif (parents,
enseignants, responsables des divers ministères européens de l'Education) avaient le
sentiment de contribuer au mouvement général pour une plus grande compréhension
entre les peuples, celle-ci passant par une meilleure connaissance de la culture et de la
langue des autres pays.
Parallèlement à ce courant, et le confortant indirectement, les travaux de W.G. PENF1ELD,
neurologue canadien, furent connus et exploités par les partisans de l'apprentissage
précoce d'une langue étrangère. W.G. PENFIELD (1), s'appuyant sur les « impératifs de
la physiologie cérébrale » qui, selon lui, se caractérisent chez le jeune enfant par un
exceptionnel degré de plasticité des centres cérébraux de la parole, préconisait un
enseignement généralisé d'une seconde langue entre 4 et 10 ans.
Cette couverture « scientifique » va servir de caution à l'éclosion, dans les années 1965-
1970, en France, d'expériences d'enseignement précoce des langues vivantes (surtout
allemand et anglais) dans les écoles maternelles et élémentaires.
Qu'en était-il du contrôle et de l'évaluation ?
Ce n'est qu'en 1973 que le Ministère de l'Education confiait à la section Langues Vivantes
de l'I.N.R.D.P. (2) la tâche d'évaluer les performances des enfants en fin de CM2 ayant
suivi trois années consécutives d'apprentissage précoce de l'anglais, et de les comparer en
fin de 5e du 1er cycle à celles des enfants n'ayant pas bénéficié de ce type d'apprentissage.
De nombreux stages, journées d'études pédagogiques et d'information ont commenté,
analysé et synthétisé les diverses expériences nationales et internationales souvent
anarchiques, toujours intéressantes.
C'est donc un bilan aussi modeste soit-il que nous voudrions présenter ici. En effet,
l'évaluation proprement dite, avec ses contraintes, ses limites, mais aussi les perspectives
pédagogiques et linguistiques qu'elle autorise nous semble intimement liée à cette
petite « aventure » dans laquelle se sont lancés les éducateurs il y a déjà maintenant
une vingtaine d'années.